Article paru dans Altermonde-sans-frontières
Par Traki El Houssine
La création d’un parti du makhzen appelé par l’opposition HIZB IDARI c’est-à-dire littéralement un parti administratif.
Leur supervision par le ministère de l’intérieur en partant des listes et du découpage électoral à la logistique et à l’annonce des résultats.
La falsification outrancière, par les responsables locaux et nationaux du ministère de l’intérieur, au profit du parti makhzénien qui obtient le plus de voix et de sièges dès sa première participation.
Aucun parti politique marocain ne peut rêver d’être un jour majoritaire.
La formation des gouvernements n’a aucune relation avec les résultats des élections. Certains de ces problèmes demeurent encore et il semble qu’ils vont marquer de leurs empruntes indélébiles les scrutins à venir. Pour mettre en évidence ces pratiques anti-démocratiques ayant entaché les différentes élections législatives depuis 1963, il convient d’en retracer brièvement l’historique avant de tenter de cerner les conditions dans lesquelles se dérouleront les élections fixées au 25 novembre 2011.
Dans son discours du trône prononcé le 18 novembre 1956, Mohamed V a déclaré ce qui suit : « l’accession du Maroc à une vie parlementaire fondée sur des élections générales requiert toute Notre attention. Pour atteindre ce but, Nous suivrons le processus naturel en ordonnant d’abord l’organisation des élections municipales et rurales, ensuite la création d’assemblées régionales et enfin la réunion d’une assemblée constituante pour élaborer une constitution dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle, arabe, musulmane et démocratique » (lematin.ma - toutes les éditions - fête de l’indépendance). Ces paroles n’ont connu un commencement de concrétisation qu’à partir de 1960 pour les communales et 1963 pour les législatives. Au lieu d’une assemblée constituante, Hassan II s’est contenté d’une commission technique, formée d’universitaires français, pour confectionner, à la monarchie, une constitution taillée sur mesure en 1962 qui n’en fait pas une monarchie constitutionnelle. Cette étape a ouvert la voie à l’organisation des élections législatives. Après en avoir fixé la date, le directeur général du cabinet royal et en même temps ministre de l’intérieur créa le Front de Défense des Institutions Constitutionnelles (FDIC), résultat de la coalition de trois partis makhzéniens dont son propre parti et le Mouvement Populaire (MP) créée en 1958. Étant donné qu’il supervise les élections, son ministère s’est arrangé de telle sorte que « le découpage des circonscriptions et le mode de scrutin, uninominal majoritaire à un tour, furent largement favorables au FDIC puisque 16 000 voix suffisaient à lui donner un élu alors qu’il en fallait 25 000 à un candidat de l’opposition » (Jean-Noël Ferrié – L’entrée dans le « cercle vertueux » … - Mai 2004 - ceri-sciences-po.org).
Contrairement à ce que le régime a prédit, les résultats ne furent pas à son avantage. Les élections se soldaient par 69 sièges pour le FDIC, 41 pour le Parti de l’Istiqlal (PI) et 28 pour l’Union Nationale des Forces Populaires (UNFP) sur 144 sièges au total. Par conséquent, les partis de l’opposition et ceux du makhzen étaient à égalité. C’est ce qui explique la dissolution de ce parlement deux ans après sa constitution et la proclamation de l’état d’exception le 7 juin 1965 qui dura jusqu’en 1970. Pendant ces cinq années, le Maroc sombra dans les « années de plomb » et connut la répression de l’insurrection du 23 mars 1965 et l’enlèvement et l’assassinat du martyr Mehdi Ben Barka, leader de l’UNFP entre autres. Les années 1970 – 1975 furent quasiment - creuses en matière d’institutions représentatives mais riches en événements : les coups d’État de juillet 1971 et d’août 1972, la liquidation du mouvement armé du 3 mars, les arrestations des militants de la nouvelle gauche du 23 Mars et de Ilal Amam (en avant), l’interdiction de l’Union Nationale des Étudiants du Maroc (UNEM), … Le « feuilleton démocratique », dénomination makhzénienne, ne débuta qu’en 1976 par les élections communales suivies par les législatives en 1977. Pour ces dernières, on assista à une « réalisation », dans le sens théâtral, d’un tout ordre. Le makhzen, tout en maintenant son emprise sur la supervision des élections, encouragea les candidatures « indépendantes » qui remportèrent 192 sièges sur un total de 315 sièges au parlement. La création du parti administratif n’eut lieu qu’en 1978 par le premier ministre, gendre du roi par ailleurs, sous l’appellation du Rassemblement National des Indépendants (RNI). A l’issue d’une scission au sein de ce dernier, naquit le Parti National Démocratique (PND) fort de 57 députés en 1981. Comme les communales étaient programmées en juin 1983 et les législatives en septembre 1984, un autre premier ministre constitua un nouveau parti appelé l’Union Constitutionnelle (UC) qui remporta 83 sièges sur un total de 306 sièges au parlement et devint la première force du pays sitôt qu’il apparut sur la scène politique.
Au cours des années quatre vingt dix du siècle passé, Hassan II s’appliqua à convaincre l’opposition, dont l’Organisation d’Action Démocratique et Populaire (OADP) et le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), coalisée au sein de la Koutla Dimocratia (le bloc démocratique) fondée en 1992 à participer au gouvernement. Pour ce faire, il opta pour un autre scénario « makhdoum » (travaillé). Lors des élections de 1993, les partis de la Koutla obtinrent 52 sièges pour l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), 50 pour le PI, 4 pour le PPS et 2 pour l’OADP. Les partis makhzéniens, avec à leur tête l’UC avec 54 sièges, raflaient presque tous les autres sur un total de 333 sièges. Malgré ces résultats, Hassan II proposa à la Koutla de former un gouvernement minoritaire. Ce qu’elle refusa surtout lorsque le roi ne voulait pas se séparer de son ministre de l’intérieur Driss Basri. Les élections anticipées de 1997 empruntèrent un chemin similaire. Cette fois, l’USFP eut la première place avec 55 sièges sur 325 sièges à la chambre des députés. Hassan II, se sachant gravement malade, ne rata pas cette occasion pour lancer son « alternance consensuelle » et appliquer sa « méthodologie démocratique » qui consiste à nommer le secrétaire général du parti en tête des élections comme premier ministre. Il nomma, alors, Abderrahman Youssoufi pour ce poste. En agissant ainsi, le monarque préparait, en fait, l’accession de son fils au trône. Ce « scénario » fut stoppé par Mohamed VI après les élections de 2002 qui connurent, d’ailleurs, le classement de l’USFP en première position avec 50 sièges. Le roi se tourna vers les technocrates pour nommer le premier ministre. L’USFP accepta, quand même, de participer au nouveau gouvernement.
Avec les élections de 2007, c’est le PI qui était victorieux avec 52 sièges suivi du Parti de la Justice et du Développement (PJD) avec 47 sièges. Cette échéance coïncida avec le retour du régime à la création d’un parti administratif. La « réalisation » prit un autre aspect. D’après ses dires, le ministre délégué, auprès du ministre de l’intérieur et « ami du roi », « démissionnait » de son poste pour se présenter aux élections législatives dans le but de servir Ben Guérir, sa localité d’origine marginalisée et très pauvre. Sa liste comprenait, aussi, son oncle et une autre femme. Elle « passe » haut la main. Du jamais vu auparavant. Ce trio attirait les députés des autres partis au point qu’ils formèrent un groupe parlementaire de plus de trente membres à l’ouverture des travaux de la chambre des députés. En août 2008, le Parti de l’Authenticité et de la Modernité(PAM) vit le jour. En juin 2009, lors des communales, ce parti se transforma en première force politique du pays. Son groupe parlementaire s’enfla pour devenir le plus nombreux à la chambre des représentants même s’il n’a pas participé aux législatives en tant que parti. Puis, son secrétaire général est élu président de la chambre des représentants. Sans compter les conseils communaux, provinciaux, régionaux, des chambres de commerce, d’agricultures, qu’il préside (Pour plus d’informations sur le PAM voir : Que se passe-t-il au Maroc ?).
En définitive, ce « feuilleton démocratique » a engendré plusieurs partis administratifs : le RNI, l’UC, le PAM et leurs appendices produits de scissions consécutives. Le MP entre, également, dans ce cadre accompagné de ses multiples scissionnistes. Ce sont ces créatures à « la cocotte minute » qui gonflent le nombre des partis si bien qu’ils dépassent la trentaine dont quatre de la gauche radicale, deux de la gauche gouvernementale, quatre de la gauche pro-gouvernementale, un conservateur et trois partis islamistes. Hormis ces 14 partis jouissant d’une indépendance relative par rapport au makhzen, les autres sont inféodés au régime. Voilà approximativement comment se présente la scène politique marocaine. Pour la circonscrire plus clairement, on se doit de se référer aux résultats des élections communales de 2009 pour connaître les partis les mieux classés et, donc, les « grands » partis selon la version officielle. Ce sont, par ordre décroissant, les suivants :
1 – PAM : le parti de « l’ami du roi ». D’abord parti de la majorité, il choisit l’opposition en gardant un ministre au gouvernement. Ses députés votent en faveur du candidat de la majorité pour la présidence de la chambre des députés. En échange, ceux de la majorité votent pour son candidat à la présidence de la chambre des conseillers. De telles choses se produisent uniquement au Maroc ! Elles se conforment à cet adage strictement marocain : « ida counta fi almaghrib fala tastaghrib » (si tu es au Maroc, ne t’étonnes pas).
2 – PI : parti conservateur de l’actuel premier ministre qui répond toujours que son programme ce sont les discours du roi. Il a toujours été en bons termes avec le régime. Habitué des sièges ministériels, il en brigua en participant même aux gouvernements de la fin de l’année 1955 à 1963 puis à ceux présidés par le RNI et l’UC de 1977 à 1984 enfin de 1998 jusqu’à nos jours.
3 – RNI : créé par Ahmed Osman, ex–premier ministre et gendre de Hassan II. Il fut de tous les gouvernements à partir de 1972 bien avant sa naissance.
4 – USFP : le parti de gauche du défunt leader Abderrahim Bouabid. Il fait partie du gouvernement depuis 1998. Ses dirigeants ont pris goût pour les postes ministériels et s’empressent de justifier l’injustifiable pour participer au gouvernement …
5 – MP : parti makhzénien créé à la fin des années cinquante du siècle dernier. Depuis lors, il a su se conformer aux directives du makhzen pour garantir sa place aux gouvernements et parlements successifs.
6 – PJD : parti islamiste à l’écoute des instructions du pouvoir qu’il exécute à la lettre : une fois en limitant ses candidatures aux circonscriptions prescrites mais pas aux autres et, une deuxième, en changeant le président, jugé inacceptable, de son groupe parlementaire.
7 – UC : créé par le défunt Maati Bouabid ex – premier ministre en 1983. Après le limogeage de Driss Basri, il a vu sa côte chuter et son poids s’amoindrir à tel point qu’il n’est plus consulté lors de la formation des gouvernements depuis 1998.
8 – PPS : héritier du Parti Communiste Marocain (PCM). Un parti qui présente comme candidats les notables et les trafiquants des élections pour arriver à obtenir un nombre de sièges à la chambre des députés lui permettant de caser deux ou trois membres « historiques » de son bureau pollorsitique au gouvernement.
Pour information, ces partis ont tous voté par « oui » lors du référendum constitutionnel du premier juillet 2011. À la lumière de ce qui précède, comment se présentent les élections législatives prévues pour le 25 novembre 2011 ?
Immédiatement après « l’approbation » de la constitution, le ministère de l’intérieur s’est saisi du dossier des prochaines élections législatives concernant la chambre des députés. Cette démarche s’intègre dans la mise en œuvre de la constitution. Elle se justifie, officiellement, par la priorité donnée à la formation, le plutôt possible, du nouveau gouvernement qui ne dépend pas de la chambre des conseillers dont la date de renouvellement ne doit pas dépasser la fin de l’année 2012 selon les vœux du roi. Les préparatifs portent, comme d’habitude, sur les listes et le découpage électoraux, sur la loi organique de la chambre des députés, sur l’instance habilitée à superviser les élections, la neutralité positive ou négative de l’administration territoriale, le seuil de représentativité. La « mère des ministères » ne semble pas vouloir renoncer à présider aux destinées des élections même si son bilan est plein à craquer de falsifications et de fraudes depuis le commencement du « feuilleton démocratique ». C’est elle qui mène la danse bon gré malgré les objections, les réserves et les propositions de certains partis qui optent pour une institution autonome présidée par des juges.
Le problème des listes électorales bute toujours sur leur révision ou leur renouvellement. Tout le monde sait que ces listes regorgent d’erreurs et de falsifications au point que des morts y sont encore inscrits sans parler des candidats qui inscrivent des personnes extérieures à leur circonscription… Par ailleurs, ces listes ne comprennent pas tous ceux et celles qui sont en âge de voter puisqu’il y a presque sept millions de non inscrits. Pour contourner la question de leur renouvellement, le makhzen se « cache » derrière la contrainte du temps relativement aux échéances électorales et met les forces politiques devant le fait accompli. Il faut dire que l’alternative existe. Elle consiste en l’adoption du vote par la carte d’identité nationale (CIN) au lieu de la carte d’électeur que seuls les inscrits possèdent. Comme c’est l’intérieur qui confectionne les CIN, il est facile de connaitre, avec précision, la masse électorale. Aller dans cette voie ne plait pas au régime. Il est très sensible au taux de participation. Il ne veut pas se mettre dans de beaux draps en s’aventurant dans des chemins non battus. Il préfère s’acheminer dans les pistes qu’il maitrise pour limiter les dégâts. Le monarque, lui-même, en a fait l’expérience en lançant un appel au vote qui n’a été suivi qu’à peine par 20 % de la masse électorale lors des élections législatives de 2007. Ainsi, pour éviter de tels discrédits, il vaut mieux se suffire à ces listes « révisées » maniables à volonté. Le fait nouveau à ce sujet concerne l’octroi de la présidence des commissions de révision de ces listes aux juges.
Le découpage électoral, comme chacun le sait, peut avantager les uns et désavantager les autres. En façonnant des circonscriptions taillées sur mesure pour tel ou tel candidat, ses chances de gagner se voient majorées aux dépens des concurrents. La chose ne se réduit pas à ce modèle. Il englobe tout le territoire marocain divisé en milieu urbain avec de vastes circonscriptions et une population dense et en milieu rural à l’opposé du précédent. Avec un plus grand nombre de circonscriptions, le milieu rural est le lieu privilégié pour les candidatures makhzéniennes et générateur de ses députés majoritaires au parlement. Cette tactique remonte à l’époque oū le régime considérait le milieu rural comme sa chasse gardée et interdisait aux partis de la gauche d’y avoir une quelconque implantation ou activité partisane. Le makhzen continue à en tirer profit pour favoriser ses partis usant de l’argent sale pour s’acheter les voix des électeurs à moindre coût. C’est, ainsi, que se forgent les majorités loyales. Quant au positionnement de l’administration territoriale, il oscille souvent entre le soutien explicite et la neutralité négative vis-à-vis des candidats pro – makhzen. Les walis, les gouverneurs, les pachas, les supercaïds, les caïds et leurs subalternes entrent en action en leur faveur. Pour ce qui est du seuil de représentativité, les petits partis, enclins à le faire baisser au minimum, interprètent toute proposition contraire comme un moyen « légal » de les écarter tout simplement pendant que les « grands » estiment qu’un taux élevé est de nature à contrer la balkanisation de la scène politique en poussant ces petits à fusionner, à procéder à des alliances, …
Voilà comment se posent certains problèmes en instance de résolution dès les premières élections et qui affleurent à chaque consultation. Les informations, filtrant des rencontres du ministre de l’intérieur et des dirigeants des partis, n’augurent pas d’un changement de cap concernant les interventions frauduleuses contractées auparavant. C’est le PJD, s’estimant la cible de ces « complots », qui s’agite le plus. Il reproche au ministère de l’intérieur de ne pas tenir compte de ses propositions et qu’il compte maintenir certains walis et gouverneurs proches du PAM dans leurs postes pour nuire au parti islamiste. Ses dirigeants donnent l’impression que le régime s’est payé leurs têtes et se signale par son ingratitude à leur égard en faisant fi des services rendus fruits de leur opposition au mouvement des jeunes du 20 février et à la campagne référendaire pour le vote par « oui » pour la constitution. Ce qui a fait « enrager » certains de ces dirigeants qui affirment que les législatives seront falsifiées. Face à ses insinuations, le gouvernement a rendu public un communiqué le 29 août 2011 dans lequel il déclare que des parties et personnes « se sont évertuées de manière inacceptable et avec des desseins inavoués à propager des thèses irresponsables mettant en doute l’honnêteté et la crédibilité des prochaines élections… Ce qui ne sert en fait que les ennemis de la patrie, de la démocratie et de l’ouverture ». Cette déclaration s’en prend aux partis qui doutent du déroulement des élections dans une ambiance de transparence. C’est un coup dur pour le PJD qui croit que son heure est venue de présider le gouvernement prochain conformément aux dispositions de la constitution. Son secrétaire général s’est même amusé à « distribuer » les postes ministériels à gauche et à droite. Il parait que ce rêve est renvoyé aux calendes grecques.
De toutes les façons, les principaux rôles vont se jouer, lors des législatives du 25 novembre 2011, entre les « grands » partis sus–cités : PAM, PI, RNI, USFP, PJD, MP, PPS et UC. On assiste, dès à présent, à la formation d’alliances plus ou moins naturelles annonciatrices, en réalité, de la composition du futur gouvernement. Les partis du makhzen (PAM, RNI, MP et UC) ont inauguré ce sentier par la publication d’un communiqué commun demandant d’organiser ces élections avant la fin du mois d’octobre et ont présenté des propositions communes au ministère de l’intérieur. Ce groupe quadripartite s’est élargi pour absorber quatre autres petits partis dont trois de « gauche » et un islamiste. Les trois partis (PI, USFP et PPS) se voient obligés de « ressusciter » la Koutla Dimocratia, transformée en organisme mort – vivant par leurs soins, qu’ils brandissent pour exercer des pressions dans des circonstances particulières et qu’ils rejettent dans l’« hibernation » quand chacun fait cavalier seul et use du « système D » pour son propre compte.
Dans cette course vers les coalitions, le PJD se retrouve seul. Ses alliances probables sont tributaires des feux verts émanant du pouvoir pour tel ou tel parti makhzénien. Pour les autres, la prise en considération de la volonté du régime prime dans toute recherche d’un rapprochement avec le parti islamiste. Pour dire que, en fin de compte, ces partis se doivent d’aligner leurs positions sur celles du makhzen dans ce cas particulier. Ils ne peuvent s’aventurer d’enfreindre ses choix sous peine d’en pâtir en termes d’amoindrissement des sièges parlementaires ou de postes gouvernementaux… À la lumière de ces informations, il ne reste plus qu’à admirer ce plateau servi aux marocain(e)s pour la mise en œuvre de la constitution « avancée » d’après les dires de Mohamed VI. Comme vous le voyez, ces pauvres marocain(e)s n’ont pas l’embarras du choix. Le makhzen leur a facilités la tache. Les concurrents en lice se divisent en partis administratifs et en ceux « programmés » par le roi. Ces « grands » partagent d’autres traits communs. Semblables à des boutiques électorales mordues pour les sièges parlementaires à troquer contre des postes ministériels, un gigantesque fossé les sépare des masses populaires qui boudent les élections. Comme le régime se contente du peu participant à ces opérations de l’ordre de moins de 20 % des inscrits sur les listes électorales en 2007 par exemple, ces partis, en perte de popularité, se tournent vers la masse des trafiquants des élections dont ils puisent ensemble une grande partie de leurs candidats. En se limitant aux seuls suspects d’affaires louches parmi ces trafiquants, certains journaux rapportent que le ministère de l’intérieur a dressé une liste regroupant plus de 160 députés interdits de se représenter aux élections prochaines sur un total de 325 parlementaires de la chambre des députés. L’heure n’est plus aux candidatures des militants amateurs du parti ayant perdu sa base populaire et électorale mais aux professionnels corrompus et corrupteurs qui ne reculent devant rien pour arracher les sièges parlementaires. Qu’ils soient des trafiquants de drogue ou des voleurs des deniers publics…, ils sont accueillis à bras ouverts pourvus qu’ils frappent aux portes de ces partis. Certains achètent leurs cautions. D’autres financent personnellement leurs campagnes électorales. En somme, les partis gagnent en matière d’argent alors que ces candidats escomptent jouïr de l’immunité parlementaire et de la protection pour camoufler leurs basses besognes. En clamant ouvertement que leur victoire, fruit de leurs propres efforts, leur revient de droit et qu’ils ne doivent rien au parti, ils se considèrent libres de changer de camp à tout moment. C’est ainsi que la transhumance commence juste après la proclamation des résultats qui seuls intéressent les partis. Pour l’actuelle chambre des députés, on a dénombré 120 transhumants avec des records de 4 ou 6 transhumances d’un parti à un autre depuis 2007.
En définitive, la chambre des députés regorge de trafiquants des élections teintés de couleurs makhzéniennes et makhzénisées fondamentalement similaires quelque soit leur appartenance partisane soumise, par ailleurs, aux aléas de la transhumance. Il est fort probable qu’on élise les mêmes gueules le 25 novembre 2011 étant donné que certains partis comptent cautionner les candidatures de 80 % des députés sortants. Il va sans dire que la composition de la chambre des députés affectera la structure du gouvernement quant aux partis et, voire, aux personnes en faisant partie. Ce qui démontre, clairement, que le makhzen entend encore faire perdurer la situation antérieure tout en usant d’un discours démagogique et trompeur sur le changement, la nouvelle ère, la nouvelle constitution, la nouvelle ère de la nouvelle ère … En guise de conclusion. Les lois sensées encadrer les élections législatives, aussi cruciales soient-elles pour l’avenir du pays, ne semblent guère intéresser les députés dont l’absentéisme bat tous les records si bien que certaines de ces lois ne sont adoptées que par 46 ou 52 députés sur 325 soit 16 % et moins du total. Alors que l’approbation d’autres lois a nécessité des interventions spéciales telles que la mobilisation des gouverneurs et walis pour contacter les députés locaux en vue de garantir le quorum requis pour la tenue de la séance de vote… D’ailleurs, seules les séances d’ouverture des sessions parlementaires se caractérisent par la présence quasi-unanime des députés et des conseillers en l’absence de ceux poursuivis par la justice pour des motifs divers. Savez-vous pourquoi ? Tout simplement parce qu’elles sont présidées par le roi et qu’ils craignent que sa colère s’abatte sur eux et leur ôte toute chance d’accéder au parlement. Malgré ces misères, le régime s’estime gagnant du fait de l’adoption de ses lois à n’importe quel prix.
Ces lois, conçues par le ministère de l’intérieur et approuvées par une petite minorité de parlementaires, serviront à encadrer les élections dont les protagonistes et les vainqueurs sont connus d’avance. La seule inconnue, probablement, concernera le parti désigné pour « rafler » le plus de sièges dans le contexte politique actuel. Cette donnée dépendant du choix politique du pouvoir en cette période post-constitutionnelle. C’est, en quelque sorte, en une opération de marketing qu’il va procéder pour « légitimer » sa constitution. Ceci mis à part, les scores peuvent, d’ores et déjà, être « décernés » au profit des partis makhzéniens pour couper court à toute tentative de vouloir peser d’un quelconque poids de la part des autres partis quand bien même l’un d’eux obtient la première place car, tout en sachant que c’est le roi qui gouverne, il s’avère nécessaire de montrer que les partis makhzénisés ne jouissent pas d’une majorité leur permettant de sièger seuls au gouvernement. Il faut qu’ils soient conscients qu’ils restent à la merci du régime par l’interposition des partis administratifs. Ainsi, la constitution sera mise en œuvre en érigeant les « institutions démocratiques » formelles par-dessus le marché et le monarque continuera à régner et à gouverner sans rendre de comptes à personne en restreignant au maximum la marge de manœuvre de la chambre des députés et du gouvernement par ailleurs.
Il n’en reste pas moins que le mouvement du 20 février et ses soutiens constituent la carte indomptable par le makhzen. Leur appel au boycott des élections semble faire craindre au système sa perte de légitimité au vu d’un taux de participation semblable à celui enregistré en 2007 de l’ordre de 20 % des inscrits. Un tel échec retentira à n’en point douter sur le référendum constitutionnel et ses résultats dignes des républiques bananières. Ceci mettra à nu les machinations et les falsifications ayant entaché cette opération. Pour parer à ce choc, le ministère de l’intérieur a lancé une campagne d’intimidations, de provocations, de convocations, d’arrestations et d’enlèvements de dizaines de militants du mouvement du 20 février. Ce faisant, la lutte contre le despotisme et la corruption n’en connaitra que plus d’ampleur et plus de radicalité pour arracher la liberté, la dignité et la justice sociale et l’instauration d’une monarchie parlementaire.
Loading posts...